Des alliées discrètes mais essentielles
Souvent associées à des idées reçues, les chauves-souris jouent pourtant un rôle écologique majeur. Insectivores, elles consomment chaque nuit de grandes quantités d’insectes, parmi lesquels figurent de nombreux ravageurs agricoles ainsi que certains vecteurs potentiels de maladies. Dans les vastes territoires agricoles qui s’étendent entre la France, la Wallonie et la Flandre, leur contribution à l’équilibre des écosystèmes reste encore largement méconnue.
Ces espèces sont également particulièrement sensibles aux évolutions de leur environnement. Intensification des pratiques agricoles, disparition progressive des haies, fragmentation des habitats ou encore exposition à différents polluants modifient profondément leurs conditions de vie. Étudier les chauves-souris permet ainsi de mieux comprendre l’état de santé global des paysages agricoles.
Une approche scientifique pluridisciplinaire
Pour répondre à ces enjeux, TransAgroBat mobilise des compétences complémentaires en écologie, bioacoustique, écotoxicologie, génétique, télédétection ou encore modélisation écologique. Les chercheurs étudieront notamment la taille des colonies, les déplacements des individus dans les paysages agricoles, leur régime alimentaire ainsi que leur exposition à différents contaminants environnementaux.
Des outils innovants seront déployés sur le terrain : enregistreurs à ultrasons pour suivre l’activité des chauves-souris, technologies de télédétection pour analyser la structure des paysages, ou encore analyses génétiques permettant d’identifier les espèces présentes et les insectes dont elles se nourrissent.
L’objectif est de mieux comprendre quelles caractéristiques des paysages favorisent le maintien des populations de chauves-souris et comment celles-ci participent au contrôle naturel des insectes dans les espaces agricoles.
Des retombées concrètes pour les territoires
Au-delà de la production de connaissances scientifiques, TransAgroBat ambitionne de fournir des résultats directement mobilisables par les acteurs du monde agricole. Les travaux menés permettront notamment d’identifier des leviers favorisant la biodiversité au sein des exploitations : préservation des haies, maintien des continuités écologiques ou amélioration des infrastructures agroécologiques.
Le projet contribuera également à mieux comprendre les liens entre biodiversité, qualité de l’environnement et pratiques agricoles. À terme, les connaissances acquises pourront nourrir les réflexions sur la transition agroécologique, la réduction des pollutions et l’aménagement durable des territoires.
Une coopération européenne au cœur du projet
Coordonné par l’UPJV, TransAgroBat rassemble un large consortium de partenaires français et belges issus du monde académique, institutionnel, agricole et associatif. Cette dimension transfrontalière est essentielle : les chauves-souris, comme les enjeux environnementaux auxquels elles sont confrontées, ne connaissent pas les frontières administratives.
Doté d’un budget de 1,91 million d’euros, dont 1,14 million financés par le FEDER, TransAgroBat illustre la capacité de la recherche européenne à répondre collectivement aux grands défis liés à la biodiversité, à la santé environnementale et à l’agriculture de demain.
Le projet réunit notamment l’UPJV, l’Université de Mons, Picardie Nature, INAGRO, Natagora, Natagriwal, Bio en Hauts-de-France, le Muséum national d’Histoire naturelle, l’ANSES, l’Office français de la biodiversité et plusieurs autres partenaires scientifiques et institutionnels français et belges.