Biodiversité : des espèces qui se déplacent jusqu’à 4 fois plus vite que prévu

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Alors que le réchauffement climatique modifie la répartition du vivant, une étude internationale publiée dans Proceedings of the National Academy of Sciences révèle un décalage majeur entre prévisions scientifiques et réalité observée : les espèces se déplacent jusqu’à quatre fois plus vite que ne l’anticipent les modèles climatiques. Parmi les scientifiques impliqués, Jonathan Lenoir, chargé de recherche au CNRS et directeur adjoint du laboratoire EDYSAN (UPJV/CNRS), a contribué à ces travaux d’envergure internationale.

Sous l’effet du réchauffement climatique, de nombreuses espèces animales et végétales modifient leur aire de répartition pour retrouver des conditions plus favorables, en se déplaçant vers les pôles ou en gagnant en altitude. Ces déplacements, déjà observés à l’échelle mondiale, transforment les écosystèmes et interrogent notre capacité à en anticiper les effets.

Pour mieux comprendre ces dynamiques, les chercheurs ont comparé les prédictions issues des modèles climatiques à plus de 9 500 observations de terrain couvrant plus de 3 500 espèces, sur plusieurs décennies, à partir de la base de données internationale BIOSHIFTS.

Ces travaux s’inscrivent dans un effort collectif porté par un consortium international de recherche, piloté notamment par Brunno F. Oliveira, Jonathan Lenoir et Lise Comte, et soutenu par le centre de synthèse de la Fondation pour la recherche sur la biodiversité (CESAB).

Des modèles climatiques à repenser

Les modèles de niche climatique constituent aujourd’hui des outils essentiels pour anticiper les effets du changement climatique sur la biodiversité. Ils permettent d’identifier les zones où les conditions deviennent favorables ou défavorables aux espèces, et orientent de nombreuses politiques de conservation.

L’étude apporte cependant un éclairage inédit : si ces modèles prédisent correctement la direction des déplacements, ils sous-estiment largement leur vitesse.

En moyenne, les espèces se déplacent jusqu’à quatre fois plus vite que prévu. Un décalage significatif, qui souligne la complexité des mécanismes écologiques à l’œuvre et la nécessité d’intégrer davantage de paramètres, comme les capacités de dispersion, les interactions entre espèces ou encore la diversité génétique.

Ces résultats invitent ainsi à faire évoluer les outils de prévision pour mieux accompagner les stratégies d’adaptation face aux changements en cours.

Des moyens de calcul adaptés à l’analyse de données massives

L’analyse de ces résultats a reposé sur le traitement de plus de 80 téraoctets de données, nécessitant des capacités de calcul avancées. À l’UPJV, la plateforme MatriCS permet de mobiliser ce type de ressources pour l’étude de phénomènes complexes, en écologie comme dans d’autres domaines scientifiques.

Ce type d’infrastructure contribue à rendre possible l’exploitation de jeux de données à grande échelle, indispensables pour confronter modèles et observations et affiner les connaissances sur les dynamiques du vivant.