Classée parmi les plus remarquables citadelles du nord de la France, la citadelle de Doullens, située à une trentaine de kilomètres au nord d’Amiens (Hauts-de-France), se distingue par son état de conservation et son architecture monumentale. Ses vestiges, datant pour certains du XVIe siècle, en font un témoignage exceptionnel de l’histoire militaire française.

Cette place-forte est édifiée à l’initiative de François Ier, dans les années 1530. Son objectif est alors de renforcer les défenses de Doullens dans un contexte de rivalité avec les Pays-Bas espagnols, menaçants les frontières du royaume de France. Elle est ensuite développée au XVIIe siècle sous le règne d’Henri IV, qui en fait un élément clé du dispositif défensif régional.
Cependant, la signature du traité des Pyrénées en 1659, repoussant la frontière française d’une centaine de kilomètres vers le nord, marque un tournant dans son histoire. Désormais éloignée des zones de conflit, la citadelle perd progressivement son rôle stratégique. Malgré la poursuite de travaux visant à lui donner sa forme définitive au cours de la seconde moitié du XVIIe siècle et son usage de caserne durant quelques temps, c’est à une occupation carcérale que la citadelle doit sa pérennité.
Dès le XVIIIe siècle, la citadelle devient un lieu d’enfermement. Elle abrite successivement une prison politique, une école de préservation pour femmes, puis un camp d’internement, témoignant ainsi des évolutions sociétales et judiciaires de son époque.
Aujourd’hui, la citadelle de Doullens est la propriété du Conseil départemental de la Somme. L’EPCC Somme Patrimoine (Établissement public de coopération culturelle) assure sa gestion, sa valorisation et œuvre à la préservation de ce monument exceptionnel. Le site, ouvert au public, invite les visiteurs à découvrir une page méconnue, gravée dans la pierre, de l’histoire militaire et sociale de la région.
En 2024 la Plateforme Humanités Numériques (Université de Picardie Jules Verne), en collaboration avec le Service régional de l’Archéologie (DRAC) et l’EPCC Somme Patrimoine, a reçu le soutien de la DRAC des Hauts-de-France pour son projet « MurMur(e)s : histoires furtives de la citadelle de Doullens ». Ce projet a pour but la valorisation numérique des « traces » (les graffiti et les éléments découverts en fouille) relevés et étudiés dans le cadre des recherches historiques et archéologiques sur la citadelle.
Depuis 2021, le Service régional de l’Archéologie pilote des études sur la citadelle en étroite collaboration avec Somme Patrimoine et la Plateforme Humanités Numériques.


Plusieurs campagnes de sondages archéologiques ont été menées à divers emplacements, par exemple sur la plateforme et la casemate du bastion Beauregard ou encore sur la plateforme du bastion d’Amiens.
Ces premières opérations ont mené, en 2023, à la création d’un Projet Collectif de Recherche (PCR) porté par Claire Pichard sur la citadelle de Doullens. Cette recherche s’articule autour de cinq axes principaux :

Implantée au sud-est de Doullens, la citadelle est délimitée par la rivière de l’Authie, qui sépare l’espace militaire de la ville. Les sources iconographiques anciennes attestent que Doullens était ceinturée de fortifications à l’époque moderne.
Au maximum de son extension, vers la fin du XVIIe siècle, l’étendue de l’emprise de la citadelle est très similaire à celui de la ville moderne.
La citadelle s’est développée sur le plateau picard. La coupe A-B (ci-dessous) montre à quel point le site s’intègre dans la continuité de la pente naturelle. La citadelle surplombe la ville de plusieurs dizaines de mètres de haut : le point culminant, au niveau du Couronné, est à 110 m ; le point le plus bas, au niveau de l’Authie, se trouve à 55 m.


Plan de la citadelle de Doullens – superposition du modèle numérique de terrain d’après le LiDAR HD de l’IGN et du plan topographique (Plateforme Humanités Numériques – 2026)
Depuis 2023, le Projet Collectif de Recherche (PCR) sur la citadelle de Doullens a entrepris une étude systématique des traces rupestres présentes sur ses murs. Ces inscriptions, communément appelées « graffiti », se présentent sous forme de gravures dans le calcaire, de traits à la mine ou à l’encre. Leur analyse révèle des témoignages variés, allant des noms de soldats aux motifs symboliques, et offre un éclairage inédit sur la vie quotidienne dans la citadelle. Si certaines sont très visibles, la plupart sont ténues, faiblement incisées, et ne se révèlent qu’à la lumière rasante.



L’inventaire a commencé par le bastion d’Amiens. Ouvert au public, c’est une zone plus vulnérable en terme de conservation des traces.
En 2025, le relevé s’est poursuivi dans la contremine du bastion Beauregard. Fermée au public pour des raisons de sécurité, il s’agit d’une zone parmi les plus anciennes de la citadelle. Ce bastion plat, primitif, fait partie de l’ancienne citadelle voulu par François Ier dans les années 1530. Il fut par la suite englobé au XVIIe siècle dans le « nouveau » bastion.
A l’issue de ces campagnes, presque 800 graffiti ont été relevés (c’est près de 297 traces qui ont été inventoriées dans le bastion d’Amiens et 487 dans le bastion Beauregard). A l’échelle de la citadelle, ce chiffre déjà considérable n’offre qu’un aperçu de l’ampleur des graffiti réalisés sur les murs tout au long de son occupation…


Ces traces, même ténues, racontent près de 500 ans d’occupation de la citadelle. Si la majorité des graffiti ne peuvent être rattachés à une période précise, environ un quart des traces date de l’époque contemporaine (du XIXe au XXIe siècle). Un petit pourcentage concerne les graffiti plus anciens, de l’époque moderne (entre le XVIe et le XVIIIe siècle), relevés dans le bastion Beauregard.
Soutenu par la DRAC des Hauts-de-France pour la mise en valeur de ce travail dans le cadre du Programme National de Numérisation et de Valorisation des contenus culturels (PNV) 2024 nous mettons à disposition une partie de cet inventaire en ligne à travers la collection « Laisser sa trace : les graffiti, histoires furtives de la citadelle de Doullens » .
Dans le cadre de la valorisation numérique du site, une visite virtuelle de la citadelle de Doullens a été réalisée à partir de photographies à 360°. Une première campagne d’acquisition a eu lieu en 2024, couvrant notamment les contremines du bastion d’Amiens et les différents secteurs de fouilles. Une seconde campagne, menée en 2025, a permis de créer un parcours immersif, à la fois à l’intérieur et à l’extérieur de la citadelle.

Cette visite virtuelle offre une approche inédite du monument. Elle permet d’accéder à des zones habituellement interdites au public pour des raisons de sécurité, comme la contremine du bastion Beauregard, et rend les différents espaces de la citadelle accessibles à tous, y compris aux personnes en situation de handicap.
Enrichie de contenus pédagogiques, la visite propose sur chaque vue des éléments interactifs (liens, informations, photos détaillées) pour approfondir la découverte de la citadelle.
Cette immersion vous donne-t-elle envie de visiter la citadelle en personne ? Retrouvez les horaires d’ouverture, les tarifs et les événements organisés par Somme Patrimoine sur le site internet de la citadelle de Doullens !
Un siècle avant la naissance du maréchal Vauban, la citadelle de Doullens est un exemple exceptionnel de fortification bastionnée.
Elle a la particularité d’être l’une des premières fortifications bastionnées en Europe occidentale.


L’invention du bastion représente la réponse architecturale au développement de l’artillerie depuis la fin du Moyen Âge, notamment face à la généralisation du boulet métallique à partir du XVe siècle. Le tracé de la fortification devient alors géométrique et la tour médiévale cède la place au bastion, afin d’éliminer tout angle mort.

L’ancienne citadelle de Doullens était munie de quatre bastions primitifs équipés de contremines :

D’après un inventaire dressé à la citadelle en février 1543, plusieurs bâtiments s’y trouvaient, comme une chapelle, un moulin à bras équipé de meules et une forge. Cet inventaire mentionne aussi des éléments de fortification tels que les bastions, ainsi que les galeries de contremines avec leurs casemates.


Les galeries de contremines ont été numérisées dans le cadre du projet de fin d’études de Théo Richalet-Chaudeur, étudiant ingénieur topographe à l’Institut national des sciences appliquées (INSA) de Strasbourg, en 2022.
Dans la seconde moitié du XVIe siècle, les hostilités reprennent avec l’Espagne. Dans ce contexte tendu des guerres de religion, le roi de France Henri IV déclare la guerre à l’Espagne en janvier 1595. Le conflit se déplace rapidement vers le nord du royaume, face aux Pays-Bas espagnols. Stratégiquement située à la frontière avec l’Artois, la citadelle de Doullens se retrouve alors très exposée.
Le siège et la chute de Doullens en juillet 1595, suivie de la prise d’Amiens par surprise en mars 1597, affaiblit considérablement le royaume de France, laissant la voie libre aux Espagnols vers Paris. Après six mois de siège, Henri IV parvient à reprendre Doullens en septembre 1597, ce qui met un coup d’arrêt à la progression espagnole.

Dès la reprise de Doullens, et plus largement le contrôle de la Picardie, Henri IV consacre une grande partie de ses efforts à la remise en défense des places fortes. Dès 1601, le roi confie l’agrandissement de la citadelle de Doullens à Jean Errard, ingénieur des fortifications de Picardie et d’Ile-de-France, qui doit déjà édifier une citadelle à Amiens.
Ces travaux aboutissent à l’ajout d’un couronné : trois bastions sur le côté sud/sud-ouest (les bastions de Beauval, du Roy et du Dauphin), ainsi que des demies-lunes. Le bastion plat de Beauregard est totalement transformé et « absorbé » dans un nouveau bastion. Cette « nouvelle citadelle » est achevée dans les années 1630.

Quelques années plus tard, la signature du traité des Pyrénées (1659) repousse la frontière du royaume plus au nord. Bien que la citadelle de Doullens perde son intérêt défensif, elle continue de faire encore l’objet de travaux.
À la fin du XVIIe siècle, avec la reprise du conflit contre les espagnols, le maréchal de Vauban dresse la liste des travaux à y mener. Par la suite, la citadelle servira principalement de casernement.

Une fois la citadelle réformée militairement, les murs qui servaient jusqu’alors de rempart contre l’ennemi se transforment progressivement en prison. Cette reconversion en centre de détention s’étend sur une très longue période, entrecoupée par les deux conflits mondiaux.
D’abord prison politique, elle prend de l’ampleur à la Révolution française. Malgré les changements de noms successifs, « maison d’arrêt », « maison centrale » ou encore « école de préservation », elle n’en reste pas moins un lieu d’enfermement, tout particulièrement pour les femmes et les jeunes filles pendant près d’un siècle.
Jusqu’alors peu connue, cette longue période d’occupation de la citadelle est aujourd’hui mis en lumière par les recherches de Gilles Prilaux et de Margot Lepage.
Avec la signature du traité des Pyrénées en 1659, la citadelle de Doullens perd son intérêt stratégique militaire. Dès le début du XVIIIe siècle, la citadelle va servir de lieu d’incarcération pour des personnes coupables de porter atteinte à la sécurité de l’État et qui sont « assignées à résidence » sous la surveillance de soldats à la retraite.
De nombreux graffiti, relevés dans la contremine du bastion Beauregard, datent de cette période.
En l’état actuel des connaissances, il est impossible de dire si les graffiti de cette période sont en lien avec l’incarcération.






A partir de la Révolution française (1789), la citadelle de Doullens sera un lieu d’incarcération, tout particulièrement durant « La Terreur » (1793-1794). Sur cette période, des centaines d’hommes et de femmes vont être emprisonnés dans la citadelle. Cette solution d’urgence doit pallier au manque d’espace des autres prisons dans la ville Doullens. Les bâtiments de la citadelle ne sont pas adaptés mais surtout ils seront vite saturés pas l’afflux permanent de prisonniers.

Durant le premier Empire et le règne de Napoléon Bonaparte (1804-1815), la citadelle conserve sa fonction militaire. Cette période est tout particulièrement marqué par la prise de la citadelle le 20 février 1814.
La maison centrale de force et de correction pour femmes ouvre en 1856. Les bâtiments pénitenciers occupés se trouvent sur la partie dite de la nouvelle citadelle et d’après le plan de la « maison centrale de Doullens » (Maximien Parchappe, inspecteur général du service sanitaire des prisons, chargé en 1853 de faire un état des lieux des établissements pénitenciers in Plans des maisons centrales de force et de correction de l’empire français, p. 31-32).
La première maison pénitentiaire qualifiée d’école de préservation ouverte par l’administration fût celle de Doullens, le 1er janvier 1895. Installée dans l’enceinte de la citadelle, cette école avait pour but de recueillir les filles mineures jugées coupables par la justice, jusqu’à leur majorité civile (21 ans). Cette école était équipée d’une quartier correctionnel pour les jeunes filles dites « indisciplinées ».


Un reportage, très certainement à l’initiative du ministère de la Justice, réalisé par le studio d’Henri Manuel le 19 avril 1930, met en scène le quotidien des pupilles à la citadelle de Doullens. Des photos prises à l’extérieur, à l’occasion de travaux agricoles, du nourrissage des animaux de la basse-cour, de récréation ou encore de déplacements des pupilles, permettent de voir l’évolution de l’ancienne place forte.






D’autres photos, montrent l’intérieur des bâtiments : le dortoir, le parloir, l’infirmerie ainsi que le mitard avec ses cellules d’enfermement…. Pour certains, comme l’ancienne chapelle, il s’agit même de l’unique témoignage photo.



Après la seconde guerre mondiale, la citadelle de Doullens retrouve sa fonction de détention pour femmes et jeunes filles, qui doivent purger de longues peines. D’après un plan conservé au Centre de Ressources sur l’Histoire des Crimes et des Peines, les bâtiments concernés sont autant dans l’ancienne citadelle que dans la nouvelle.


La plus célèbre des détenues de la maison centrale est Albertine Sarrazin (1937-1967). Elle réussit à s’évader de la citadelle en avril 1957 mais elle se fracture l’os de la cheville, l’astragale, en franchissant le mur de l’enceinte. De son évasion, elle tirera un roman L’astragale, publié en 1965 et adapté au cinéma en 1969 par Guy Casaril.
« Je levai les yeux, vers le haut du mur où ce monde restait, endormi : j’ai volé, mes chéries ! J’ai volé, plané et tournoyé pendant une seconde qui était longue et bonne, un siècle. Et je suis là, assise, délivrée de là-haut, délivrée de vous. »
Albertine Sarrazin, extrait de son roman L’Astragale, 1965
L’établissement ferme en 1958.
Au cours des deux guerres mondiales la citadelle va être réquisitionnée pour les besoins militaires.
Durant la Grande Guerre, la citadelle de Doullens va servir d’hôpital proche du front. Dotée d’une gare, la ville se trouve sur l’axe routier entre Arras et Amiens ce qui en fait un lieu idéal pour l’évacuation des blessés.
Entre les deux guerres, la citadelle redevient durant quelques années un lieu de détention pour jeunes filles (cf. l’école de préservation de jeunes filles).
Pendant la seconde guerre mondiale, la citadelle connait différentes occupations militaires, d’abord allemande, Vichyste avant de repasser une dernière fois sous l’autorité des Allemands qui en font un grand centre stratégique avec notamment l’édification d’un blockhaus.
Enfin, quelques années après la fin de la guerre et la fermeture de la maison de détention (1959), la citadelle accueillera ses derniers occupants : des rapatriés algériens logés en urgence. Cette solution « temporaire » va durer près de 3 ans avant que les Harkis soient relogés.
Dès octobre 1914, un hôpital militaire français s’y installe non loin des lignes de front. Cet hôpital accueille notamment les soldats provenant du front, qui souffrent de fièvre ou de maladies contagieuses. Dès 1915, il dispose également d’un centre de neurologie et de psychiatrie placé sous la direction du neurologue Gustave Roussy (1874-1948). L’unité ferme vers mai 1916 pour laisser la place au corps médical de l’armée canadienne.



En novembre 1916, l’armée canadienne installe le 3ème hôpital stationnaire canadien (No. 3 Canadian Stationary Hospital) dont la spécialité porte sur la chirurgie cervico-faciales qui concerne les traumatismes de la face et du cou).
Face à la multiplication des raids aériens, les contremines de la citadelle de Doullens servent d’abris pour les blessés et le personnel. De nombreux graffiti témoignent de cette occupation notamment la mention du « 3 Can[adian] Stat[ionary] Hospital 1916-1918 ».
![Graffiti 3 Can[adian] Stat[ionary] Hospital 1916-1918](https://www.u-picardie.fr/phileas/wp-content/uploads/2026/01/560-cl-1024x575.jpg)
![Graffiti 3 Can[adian] Stat[ionary] Hospital 1916-1918](https://www.u-picardie.fr/phileas/wp-content/uploads/2026/01/560-1024x597.jpg)


La fréquentation des contremines à cette période est attestée par la découverte de nombreux petits éléments militaires : des boutons d’uniforme, des « cap badge », des boucles de ceinture, des monnaies…

Dans la nuit du 29 mai 1918, l’hôpital est bombardé par un raid aérien allemand qui entraine la mort 28 personnes dont trois infirmières. Les ruines du bâtiment ont été photographiées lors d’une visite de journalistes canadiens en le 27 juillet 1918. Du personnel soignant dont plusieurs infirmières posent devant les vestiges du bâtiment.
Un triptyque peint en 1918 par Gerald Edward Moira, un peintre anglais, met en scène des infirmières donnant des soins aux soldats. La représentation centrale se déroule à l’intérieur de la chapelle de la citadelle. Une infirmière figure au centre de la peinture juste en-dessous de la vierge à l’enfant. Autour d’elle figurent des soldats blessés recevant des soins et des médecins. Les représentations de part et d’autre de l’élément central se déroulent en plein air : un soldat, visage bandé et allongé sur un lit, est assisté de deux infirmières et d’un soldat en uniforme. En arrière plan, un des bastions de la citadelle et le beffroi de Doullens sont reconnaissables. Sur la dernière peinture, un soldat blessé est porté sur un brancard. En arrière plan, la porte Haute de la citadelle de Doullens est facilement identifiable.
De juillet à décembre 1940, l’armée allemande établit dans la citadelle un camp de prisonniers, le Frontstalag n°172, qui constitue un premier lieu de détention des soldats avant leur transfert vers l’Allemagne.
A partir de septembre 1941 et jusqu’en mars 1943, la citadelle devient un camp d’internement administratif. Placé sous la responsabilité du régime de Vichy, le camp est administré et surveillé par des gendarmes français. Les détenus sont des communistes, des trafiquants de marché noir et quelques juifs.
Quelques graffiti sont rattachés directement à cette période grâce à la mention explicite d’une date.



Dès 1943, la citadelle de Doullens devient un site clé pour l’occupation allemande dans le nord de la France. Les forces allemandes y construisent cinq blockhaus en béton armé, afin d’y installer un poste de commandement, un centre d’analyse de tir et un dispositif météorologique dédié au lancement de missiles V1. Ce complexe souterrain, connu sous le nom de code allemand « Dohle », était placé sous l’autorité du Flak Régiment 155(W), contraction en allemand de « Flugabwehrkanone » qui désigne l’artillerie antiaérienne de la Luftwaffe.
À partir d’avril 1944, la citadelle devient le site principal de la SS Baubrigade V, une unité de construction composée de plus de 2 500 déportés issus du camp de concentration de Buchenwald. Ces déportés, soumis à l’autorité de 120 SS et 270 soldats de la Wehrmacht et de la Luftwaffe, étaient chargés de construire des plateformes de tir pour les V1, mais aussi de déblayer les villes bombardées.

L’unité allemande quitte finalement le site entre fin août et début septembre 1944, dans le cadre du repli général des forces allemandes après le Débarquement.
Le blockhaus aménagé au niveau du bastion du Dauphin est ouvert à la visite. Il s’agit d’un important ouvrage souterrain construit intégralement en béton armé s’étendant sur plus de 2000m².
Au lendemain de la signature des accords d’Évian (18 mars 1962), qui met fin à la guerre d’Algérie, des milliers de rapatriés arrive en métropole.
Durant l’été 1962, la citadelle de Doulllens est réquisitionnée pour reloger en urgence 83 familles Harkis qui arrivent dans un dénuement complet. La citadelle, qui a servi de prison pendant près d’un siècle, n’est pas adaptée au logement des familles qui vont y vivre dans des conditions insalubres. Ce qui ne devait être qu’une solution provisoire va durer jusqu’en mai 1965 avec un relogement progressif des familles, notamment à Doullens ou à Amiens.

Un arrêté inscrit partiellement la citadelle aux Monuments Historiques le 17 juillet 1978.
En 2025, une stèle à la mémoire des Harkis qui vécurent à la citadelle, a été posée devant l’entrée actuelle.