Écrire avec…

Séminaire OGRE 2022-2023

Cette année, c’est l’écriture qui a retenu notre attention pour interroger nos outils et nos pratiques – mais une écriture qui passe par d’autres moyens et supports que ceux qui nous sont habituels. Nous avons ainsi proposé à des artistes et des chercheurs·euses de venir nous parler de travaux qu’elles·ils conçoivent comme relevant de l’écriture. Ce séminaire aura lieu un jeudi par mois à partir d’octobre, de 10h à 13h à la Citadelle de l’Université de Picardie Jules Verne (Amiens), salle E205. Voici le programme des séances d’Ecrire avec… :

  • jeudi 20 octobre 2022, 10h-13h, salle E205 : écrire avec du déjà écrit – Frédéric Forte
  • jeudi 17 novembre 2022, 10h-13h, salle E205 : « Sans lire je ne vois rien » – Anne-Lise Broyer
  • jeudi 15 décembre 2022, 10h à 13h, salle E205 : écrire avec des déplacements – Thierry Davila
  • jeudi 2 février 2023, 10h à 13h : écrire avec le paysage – Alexandre Koutchevsky
  • jeudi 1er juin 2023, 10h à 13h – Volmir Cordeiro

Séminaire porté et organisé par Sally Bonn et Guillaume Pinçon

Première séance, jeudi 20 octobre 2022 : écrire avec du déjà écrit, Frédéric Forte
Les représentations classiques de la littérature nous renvoient, bien sûr, à l’image de l’auteur inspiré qui joue de sa culture, de sa sensibilité, de son imagination pour créer des textes «  à partir de rien ». Mais il existe, et a de tous temps existé, (du centon poétique à « l’écriture sans écriture » en passant par le cut-up ou le caviardage) des pratiques littéraires et poétiques où l’écriture est affaire de prélèvement, recyclage, détournement de textes pré-existants, qu’ils soient eux-mêmes œuvres poétiques / littéraires ou matériaux moins « nobles » saisi dans notre environnement saturé d’écrits. C’est autour de ces objets que nous réfléchirons.

Frédéric Forte, né en 1973 à Toulouse, vit aujourd’hui à Paris. Depuis 2005, il est membre de l’Oulipo. Marqué très tôt par l’œuvre de Raymond Queneau, il s’est tourné vers la poésie en 1999 après avoir joué de la basse électrique dans des groupes de rock. Il co-dirige actuellement le Master de Création littéraire du Havre. De la pratique, qui paraît ce mois-ci est son sixième titre publié aux éditions de l’Attente.

Deuxième séance, jeudi 17 novembre 2022 : « Sans lire je ne vois rien », Anne-Lise Broyer
Photographier est une suite de gestes tout en sachant que dans le geste le plus spontané, loge une mémoire. Parfois la photographie a lieu d’abord derrière l’œil, elle s’y mature et bascule devant la rétine juste un court instant, le temps de la prise de vue. Elle naît d’abord à la lumière de la pensée et du savoir. La lumière extérieure solaire ou électrique n’agirait finalement que comme le révélateur de cette image mentale. Parfois encore, derrière chaque photographie se cache beaucoup de désirs d’écriture. Chaque image fait appel à la mémoire d’autres images ou de lectures et l’important, peut-être, est-il de s’interroger sur le retour de cette mémoire dans le présent. 
Un lieu connu pour son espace littéraire, se met à vibrer, autrement que n’importe quel autre lieu.
De cette langue de l’œil, nous parlerons.
« Je vous ai vu(e), de mes yeux vu, défaillir… au ralenti » : atelier
Force est de constater que le monde vacille, pandémie, crise économique, guerre dans de nombreux territoires, problèmes migratoires, urgence écologique… Ce vers de la chanson «Bleu bac» écrite par Myriam Boisaubert (poète et artiste), composée et interprétée par Rodolphe Burger, met le double accent sur les dimensions de regard et de temps qu’il faudra installer dans une ou plusieurs photographies. Vous devrez donc construire une, deux, trois… photographies inédites sur cette notion de basculement du monde, d’une faille visible qui le fragilise et le fait vaciller. Cette thématique peut être abordée d’un point de vue intérieur, intime, poétique ou plus objectif selon un angle documentaire…
Venez le 17/11 avec votre petit corpus, il composera une sorte de grammaire de formes avec laquelle nous écrirons.

Anne-Lise Broyer poursuit depuis plus de 20 ans un travail photographique singulier pouvant se résumer comme une expérience de la littérature par le regard en nouant très intimement lecture et surgissement d’une image, écriture et photographie comme en témoignent ses nombreuses éditions partagées avec Pierre Michon, Bernard Noël, Colette Fellous, Yannick Haenel, Jean-Luc Nancy, Suzanne Doppelt, Mathilde Girard, Léa Bismuth, Muriel Pic… Elle questionne également les zones de frottements et d’intersection entre la photographie argentique et le dessin à la mine graphite directement sur le tirage afin d’atteindre une zone de trouble dans la perception.
En mariant ces deux gestes, en reliant l’œil à la main, c’est une nouvelle langue qui s’invente. Anne-Lise Broyer crée ainsi des situations visuelles qui renvoie continuellement à l’image photographique et à son histoire technique.
Ses ouvrages sont publiés aux éditions Filigranes, Nonpareilles, Verdier et Loco. Elle expose régulièrement en France et à l’Étranger.
Son travail est représenté par la 110 Galerie à Paris.