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Sciences Humaines et Sociales
Université de Picardie Jules Verne

Séminaire Roman et romanesque

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  • Modernité et antimodernité du libéralisme romanesque
Séminaire organisé par Aurélie Adler, Catherine Grall et Christophe Reffait

On associe classiquement l’émergence du roman avec l’essor de la notion d’individu : il faut une société desserrée pour que naisse le roman qui, inversement, donne forme à la silhouette individuelle et fait résonner son for intérieur. Cela est peut-être déjà vérifié dans certains romans latins ou médiévaux. Mais cela semble mieux attesté à partir du XVIIIe siècle, dans un roman dont le réalisme socio-économique et sentimental paraît aller de pair avec l’individualisation toujours plus poussée des figures. Le libéralisme, au sens large de pensée de l’émancipation du sujet individuel dans un monde toujours plus séculier, semble ainsi résonner avec la mimesis romanesque. Il n’en reste pas moins que le novel n’a jamais éclipsé le romance, que le roman romantique peut aussi être regardé comme objection anti-libérale, ou encore que le roman est porteur d’idéaux communautaires pré-modernes ou utopiques. Il n’en reste pas moins, non plus, que le roman contemporain a pu pousser la représentation de la société libérale jusqu’à dire la négation de l’individu, suggérant la fragilité de l’association communément faite entre individualisme libéral et individuation romanesque.
Telle est la problématique que le séminaire de recherches de l’axe Roman & Romanesque se propose d’étudier ces prochains mois, en s’interrogeant sur les limites et parfois la spectralité de l’individu romanesque, en examinant aussi les fictions de communautés inventées par le roman, en envisageant enfin l’écriture et la lecture mêmes du roman comme un champ politique.
Ce cycle de conférences durera au moins deux ans et s’inscrit à l’intérieur d’un axe de recherche à vocation fédérative sur roman et politique.

Programme des séances 2017-2018 :
Les séances ont lieu le vendredi, de 10h à 12h30 en salle des Actes (C110)
• Vendredi 20 octobre 2017 : Franc Schuerewegen, « L’impossible roman (Balzac, Chateaubriand) »
• Vendredi 12 janvier 2018 : Carlo Arcuri, « Walter Benjamin, 'Le narrateur' (1936), ou la tentation d’une littérature sans roman »
• Vendredi 9 mars 2018 : Chloé Brendlé, « De "l'individu problématique" à la "communauté problématique" dans les récits contemporains »


  • "Romanesques noirs (1750-1850)"
Séminaire organisé par Anne Duprat, Marc Hersant et Luc Ruiz

Un ensemble célèbre de romans de langue anglaise, du Château d’Otrante (1764) à Melmoth (1820), apparaît comme le noyau historique d’une esthétique romanesque gothique bien représentée dans la littérature européenne de la période 1750-1850. Il a fasciné des esprits aussi divers que Balzac, qui a écrit des suites de Melmoth, Baudelaire – qui fait du personnage principal de la même œuvre l’expression par excellence d’une interprétation satanique du rire humain –, Lautréamont, André Breton et Antonin Artaud.
Replacé dans son contexte, ce romanesque noir anglais n’est cependant pas isolable de toute une veine noire déjà présente dans les romans de la période immédiatement antérieure (et sensible par exemple chez Prévost, Richardson, et de manière particulièrement remarquable dans La Religieuse de Diderot). Il connaît des imitations moins célèbres dans d’autres pays de l’espace européen. Et il continue à informer l’imaginaire d’œuvres romanesques qui ne font pas partie du canon gothique, mais intériorisent et remodèlent certains de ses éléments fondamentaux, chez des écrivains aussi différents qu’Edgar Poe, les sœurs Brontë, Dickens ou Hugo. En outre, d’autres domaines créatifs dans la période s’emparent de la veine noire, comme le théâtre – qu’on pense par exemple à l’Oxtiern de Sade, qui commente dans son Idée sur les romans les romans gothiques anglais, –  l’opéra, de la Lucie de Lamermoor de Donizetti au vérisme noir de Puccini dans Tosca, la peinture enfin.

Le séminaire « Romanesques noirs, 1750-1850 » invite ainsi à suivre sur un temps long de l’évolution littéraire cette veine noire de l’écriture du roman, longtemps réduite à  n’éclairer que l’une des facettes du romantisme historique.

Ce cycle de conférences, qui a débuté à l’automne 2015 à l’Université de Picardie-Jules Verne, s'est poursuivi au cours des années universitaires 2015-2016 et 2016-2017. Les travaux qui en ont résulté feront l’objet d’un prochain numéro de la revue Romanesques.
 
04/12/2015 : Jan Herman (Université de Louvain, Belgique) - « Voyages au bout de la peur dans Le Manuscrit trouvé à Saragosse de J. Potocki »
29/01/2016 : Michel Delon (Université Paris-Sorbonne) - « L’espace sonore du noir ».
26/02/2016 : Émilie Pezard (ENS Lyon) - « Les figures du mal dans le romantisme frénétique »
01/04/2016 : Pierre Frantz (Université Paris-Sorbonne) - « Le gothique au théâtre sous la Révolution »
06/05/2016 : Paul Pelckmans (Université d’Anvers, Belgique) - « Noirceurs de la Révolution. La méchanceté concertée dans quelques romans de l’émigration »
10/06/2016 : Fiona McIntosh (Université Lille-3) - « La place du héros noir dans les romans de Walter Scott : une mise au point en guise de correction »
14/10/2016: Dominique  Massonaud et Luc Ruiz, « Autour du  Moine  de Lewis »
4/01/2017: Marc Hersant et Clément Veber, « Autour de Sade »
28/04/2017: Elizabeth Durot-Boucé et Anne Duprat, « L’œuvre romanesque des sœurs Brontë et le roman gothique : modèles et anti-modèles »


  • Réflexions sur le romanesque
17/04/2015: Sándor KÁLAI (Université de Debrecen): « Comment écrire l’histoire du roman policier hongrois ? »
Le roman policier hongrois n’a jamais été l’objet d’une étude systématique. Cette communication expose quelques éléments d’une recherche qui essayera de combler ce vide. D’abord, on esquissera les problèmes théoriques et méthodologiques qui doivent diriger nos investigations. Dans un deuxième temps, on présentera les quatre étapes majeures de l’évolution du genre, dès ses origines du 19e siècle jusqu’aux phénomènes de nos jours. Finalement, on s’intéressera à l’œuvre d’un auteur contemporain, Vilmos Kondor, fondateur du roman noir historique hongrois (selon certains le fondateur du « vrai » roman policier hongrois). C’est par l’analyse de son premier roman (Budapest noir ; traduit en français sous le titre de Budapest la noire) qu’on va éclairer les enjeux majeurs du genre en Hongrie.
 
13/03/2015: Anne-Sophie de Franceschi (UPJV, CERR-CERCLL): « Récits de voyages en Méditerranée et histoire du XVIè siècle : De la négation au témoignage militant »
Pour comprendre le contexte des nombreux affrontements géopolitiques que connaît la Méditerranée au XVIè siècle, il semble naturel de rechercher le témoignage des voyageurs, qui se présentent souvent comme des traités géographiques. En réalité, il faut attendre la seconde moitié du siècle pour que des récits, profondément marqués par la tradition du récit de pèlerinage, que ce soit à Rome ou à Jérusalem, s’affranchissent d’un refus tout liturgique de porter un regard mondain sur leur itinéraire pour avouer les vicissitudes toutes profanes qu’ils affrontent, et en fassent une matière au contenu plus politique, mais également plus romanesque.
 
06/01/2015: Marie-Astrid Charlier (Université de La Rochelle) : « Entre romance et novel. Pour un roman-quotidien au XIXe siècle »
À partir des années 1830, le système médiatique invente la quotidienneté tout à la fois comme objet de représentation et configuration rythmique du temps. La vie quotidienne constitue le matériau principal du journalisme tandis que la quotidienneté devient, dans le même temps, un rythme d’écriture et de lecture.Ces deux inventions majeures, respectivement thématique et temporelle, ont été déterminantes dans la naissance puis l’évolution de l’esthétique réaliste au XIXe siècle. Voués à la valorisation de la vie ordinaire et à la représentation du temps vécu, « les romans du réel », pour reprendre l’expression de Jacques Dubois, ont élu la quotidienneté comme objet de représentation privilégié parce qu’elle permettait de satisfaire leurs visées à la fois sociographiques et phénoménologiques.
Or, un « roman de la quotidienneté » semble a priori une contradiction dans les termes. D’une part, le quotidien fait signe vers la banalité de ce que l’on vit chaque jour, apparemment répétable à l’infini, à rebours de l’exceptionnel et/ou de l’événement. D’autre part, l’événement et plus généralement toute forme de rupture sont un des fondements de la « mise en intrigue » (Paul Ricœur), la condition sine qua non du récit, puisqu’ils permettent de dégager les jalons et les scansions d’une histoire, d’une vie, d’une tranche de vie, c’est-à-dire de construire la progression d’un roman, encore visée au XIXe siècle.
Par l’intermédiaire des notions anglo-saxonnes romance et novel, il s’agira de mettre en exergue les tensions narratives, thématiques et poétiques au cœur des romans du quotidien pour y saisir les jeux entre ce que nous appellerons la quotidianisation et la romantisation de la représentation. Tout au long de notre intervention, nous poserons les jalons indispensables à l’hypothèse d’un roman-quotidien comme genre romanesque du XIXe siècle. Car l’étude des poétiques de la quotidienneté, en tension entre romance et novel, engage une redéfinition des territoires romanesques du XIXe siècle car elle oblige à réévaluer la distinction établie par l’histoire littéraire traditionnelle entre différents corpus : roman réaliste, roman de mœurs contemporaines et roman-feuilleton.
 
27/11/2014: Ekaterina Dmitrieva (Moscou, Université des Sciences Humaines /Institut de Littérature mondiale, Académie des Sciences de Russie) : « Entre un poème et un roman, question de la réversibilité des genres : Les Âmes mortes de Nicolas Gogol »
Il s’agira dans un premier temps d’explorer les raisons que se donna Nicolas Gogolpour désigner son œuvre majeure poème et non pas roman (il est à souligner en passant que la plupart des traductions françaises insistent pourtant sur roman comme sous-titre générique des Âmes mortes). Le cas inverse, celui de Pouchkine, qui préféra appeler son Eugène Onéguine « roman »et non pas « poème », pourrait apporter quelques éléments de réponse.
L`autre enjeu de mon intervention sera d’explorer le dessein de Gogol de construire sa narration à partir du modèle de la Divine Comédie de Dante, ce qui nous amènera à aborder un autre problème, celui de la proximité du genre romanesque avec le genre comique.
 
27/06/2014: Petr Dytrt (université de Brno) – « Jean Rouaud ou une archéologie romanesque de la modernité » .
11/04/2014 : Jean-Marc Pelorson (Université de Poitiers) – « À propos du Voyage en Turquie »
14/02/2014 : Jacqueline Guittard (UPJV, CERR) – « Les dispositifs photolittéraires dans l’œuvre de Roland Barthes »
29/11/2013 : Muriel Rosemberg (UPJV, EHGO) – « Romans contemporains de la ville et géographie »

29/05/2013 : Huang Bei (Université Fudan)  – « Le roman chinois »
12/04/2013 : Audrey Faulot (UPJV, CERR) – « Connaître l’identité : problèmes épistémologiques d’une investigation romanesque »
25/01/2013 : Catherine Grall (UPJV, CERR) – « Quel retour au réalisme empirique après sa contestation par les modernités du XXe siècle ? »
9/11/2012 : Domingo Pujante (Université de València) – « Le Groupe panique: Arrabal, Topor, Jodorowsky »

22/06/2012 : Carlo Arcuri (UPJV, CERR) – « Un ancêtre oublié du romanesque : le « parler disjoint » de Torquato Tasso »
12/04/2012 : Camille Guyon-Lecoq (UPJV, CERR) – « Bakhtine à l’épreuve de la Querelle des Anciens et des Modernes »
03/02/2012 : Carlo Arcuri (UPJV, CERR) – « Épos ou roman : la « querelle » Lukács-Bakhtine »
09/12/2011 : Elena Galtsova (Université d’État des Sciences Humaines de Russie) – « Le roman européen dans la théorie russe »
04/11/2011 : Renata Listikova (Université Charles de Prague) – « Milan Kundera est-il un romancier européen ? »
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