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La Lettre du CURAPP-ESS


LETTRE n°13, mai 2019 Télécharger le n°13

Edito. Le moment est à la rue et la rue est citoyenne. Pour la démocratie autrement, pour une justice sociale et une égalité politique, ici et ailleurs les revendications économiques et sociales s’associent de manière inédite à des demandes de partage du pouvoir. L’association de la question sociale et de la question démocratique constitue un point commun à des mobilisations relevant de contextes très différents. Que ce soit par exemple contre les lois travail du populiste Orban, contre le régime militaire et le 5ème mandat d’un Bouteflika autocrate et moribond ou le mouvement inattendu des Gilets Jaunes, tous témoignent d’un retour en force des classes populaires dans l’espace politique. Travailleurs déclassés ou en passe de l’être, « canards boiteux » du libéralisme, oubliés des politiques, les Gilets Jaunes ont créé dans l’urgence des ronds-points, leurs codes et leurs univers politiques. Dans des abris de fortune, sortes de « micro sociétés /maisons du peuple », forts de leur nombre et avec une profonde défiance pour la représentation, ils bravent le pouvoir depuis 6 mois, malgré une violence d’Etat extrême et une stratégie de sortie de crise du président de la République, qui a cru pouvoir « enterrer le problème en créant une commission » par l’instauration d’un « Grand Débat National ». « Grand-blabla », « mascarade », « imposture », « enfumage », ces dénonciations renouent avec celles de l’instrumentalisation de la démocratie participative par les élus. Inédit par son ampleur, même si proche de celui sur « l’identité nationale » de N. Sarkozy, le GDN s’inscrit en réalité dans la continuité de la culture politique descendante qui caractérise les offres institutionnelles de participation depuis les années 70 : improvisation, contrôle par l’exécutif, ouverture et transparence suspectes, perspectives de changements inexistantes. Loin d’un quelconque engagement sous la forme du don contre don où « donner la parole serait donner sa parole », l’unilatéralité règne dans la participation par le haut. Il est vrai que globalement les élus investissent une faible croyance dans une citoyenneté hors vote. Cette désinvolture vis-à-vis de la participation, peut pourtant produire des effets de désocialisation chez les participants ou favoriser un attrait pour les sirènes faciles du populisme.
A côté de cette démocratie participative par le haut, une autre grammaire politique s’invente par le bas. Recelant des trésors d’inventivité, les initiatives citoyennes, dans les quartiers populaires et ailleurs, souffrent d’un déni de reconnaissance comme si les élus craignaient une dépossession, une atteinte à leur légitimité ou une perte de pouvoir par son partage, fut-il infime.

Myriam Bachir      

 

Numéros parus :Lettre CURAPP-ESS n°12, octobre 2018/ Lettre CURAPP-ESS n°11, mars 2018/ Lettre CURAPP-ESS n°10, octobre 2017 / Lettre CURAPP-ESS n°9, juin 2017/ Lettre CURAPP-ESS n°8, janvier 2017 / Lettre CURAPP-ESS, N°7, octobre 2016 / Lettre CURAPP-ESS, N°6, avril 2016 / Lettre CURAPP-ESS, N°5, février 2016 / Lettre CURAPP-ESS, N°4, novembre 2015 / Lettre CURAPP-ESS, N°3, mai 2015 / Lettre CURAPP-ESS, N°2, janvier 2015 / Lettre CURAPP-ESS, N°1, septembre 2014