La revue lance un premier appel à contribution
Présentation :
Fondée à l’initiative de plusieurs chercheurs au Centre National de la Recherche Scientifique (CNRS), associant des enseignants-chercheurs des Universités, cette nouvelle revue souhaite contribuer au développement des débats et échanges scientifiques sur l’histoire du droit. Sa création en France ne part pas d’un constat de crise ou d’isolement de cette discipline enseignée et organisée au sein des Facultés de Droit. Elle s’appuie, au contraire, sur l’élargissement et l’enrichissement des perspectives auxquels nous assistons depuis plusieurs années.
L’histoire du droit, qui se fait aujourd’hui à travers des travaux de recherche de plus en plus variés, s’ouvre à toutes les périodes, de l’Antiquité jusqu’à la fin du XXe siècle. Au fur et à mesure que les spécialistes du droit actuel, entraînés dans le tourbillon qui transforme chaque jour les systèmes juridiques, sont amenés à délaisser l’étude des règles des décennies antérieures devenues obsolètes, les historiens du droit appliquent leurs méthodes au terrain de l’histoire la plus contemporaine. Comme leurs collègues de sciences humaines, les historiens juristes s’attaquent aux immenses fonds archivistiques laissés par la production normative et judiciaire du XXe siècle et aux problèmes spécifiques posés par le recours aux témoignages oraux. Cet intérêt pour l’histoire des temps les plus contemporains ne diminue en rien l’investissement dans les périodes plus anciennes et notamment dans l’étude des fondations romano-canoniques de nos droits et de leurs destinées. L’accélération des processus de renouvellement des ordres juridiques renforce même la pertinence des interrogations sur ce qui subsiste de strates beaucoup plus anciennes du droit.
Chronologique, l’élargissement des perspectives est aussi spatial. L’harmonisation croissante des droits en Europe, la circulation extraordinairement rapide des idées juridiques et des jurisprudences ont placé les historiens du droit des nouvelles générations dans une position différente de celle de leurs prédécesseurs, héritiers d’une discipline qui s’était constituée au XIXe siècle sur des bases nationales. Aujourd’hui l’histoire du droit, née sur le vieux continent, est nécessairement européenne, comparatiste, réactive aux phénomènes de mondialisation du droit. Par conséquent, loin d’enfermer l’histoire du droit dans une étude complaisante du passé, cette revue se veut un instrument critique de compréhension du présent.
Les fondateurs de notre discipline n’avaient pas hésité à considérer les phénomènes juridiques comme des phénomènes sociaux et à proposer des passerelles entre histoire du droit et science sociale. Si personne ne conteste aujourd’hui les rapports entre histoire du droit et société, les problématiques ont été là aussi transformées par les nouvelles conceptions du champ juridique développées au XXe siècle. D’un côté, la progression incontestable du normativisme kelsénien a mis en lumière les limites du discours traditionnel sur l’historicité du droit et paraît inviter à un recentrage de l’histoire du droit sur des objets « purement » juridiques, en privilégiant les contacts avec les juristes positivistes. D’un autre côté, les inflexions apportées à la sociologie des institutions, des professions ou des réseaux intellectuels redonnent vigueur à des investigations socio-historiques sur les milieux juridiques. Aux interrogations sur les facteurs socio-économiques de production ou de réception du droit s’ajoutent de plus en plus des réflexions sur la culture juridique, la formation ou la circulation des notions et des concepts, représentations ou pratiques juridiques. Histoire, Droit, Société : ces trois notions expriment, sans aucune contrainte doctrinale, notre pratique de la méthode historique, notre objet juridique et notre ouverture aux sciences sociales au sens le plus large.
Les instigateurs de cette revue convaincus de l’importance des questions méthodologiques et théoriques, n’entendent pas pour autant promouvoir des positions uniformes sur ces dimensions de l’histoire du droit. Constatant ensemble la vitalité d’une discipline, dont les ambitions et les frontières restent toujours discutées, ils pensent utile d’ajouter au riche paysage éditorial de l’histoire du droit une revue électronique fondée en France dans une perspective européenne.
La création d’une revue numérique ne peut signifier, de la part de l’historien, un adieu au monde du papier, elle est plutôt une chance de connexions supplémentaires, via internet, pour l’histoire du droit. Les techniques informatiques ont l’avantage de nous libérer de certaines contraintes de l’édition classique et de permettre le développement d’un espace ouvert aux contributions de tous les chercheurs (historiens du droit de profession ou non) comme au public le plus large. Avec une procédure de relecture par plusieurs référés et l’anonymisation des articles soumis, nous souhaitons donner à cette revue un niveau international et nous appelons tous les chercheurs se sentant concernés par l’histoire du droit à la faire vivre par des enrichissements réciproques.
Le comité de rédaction