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Notre équipe dispose d'un modèle animal d'alcoolodépendance unique en France...

» Caractéristiques de la maladie

L'alcoolodépendance est un trouble psychiatrique, c'est une maladie chronique et hautement récidivante. Ce sont souvent les rechutes qui signent le diagnostic clinique de la maladie. Elle se développe après un usage répété et chronique d'alcool. Selon la classification DSM-IV (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux), le diagnostic est confirmé par la présence de différents critères dont :

Une tolérance (besoin de quantités nettement majorées d'alcool pour obtenir une intoxication ou l'effet désiré OU effet nettement diminué en cas d'usage continu de la même quantité d'alcool),

apparition d'un syndrome de sevrage à l'arrêt de la consommation d'alcool (tremblements, sueurs, irritabilité, anxiété, voire crises convulsives généralisées dans les cas les plus graves; l'alcool est consommé à nouveau dans le but de soulager ou d’éviter ces symptômes de sevrage),

une perte de contrôle de sa consommation (quantité supérieure d'alcool ou sur un laps de temps plus long que ce que la personne avait envisagé),

désir persistant ou efforts infructueux pour réduire ou contrôler l'usage d'alcool,

un usage compulsif (consommation en dépit des effets néfastes sur la santé, poursuite de la consommation d'alcool malgré la connaissance de l'existence d'un problème physique ou psychologique persistant ou récurrent déterminé ou exacerbé par l'alcool),

un comportement centré sur la consommation d'alcool (au détriment d'autres comportements), d'importantes activités sociales, occupationnelles ou de loisirs sont abandonnées ou réduites en raison de l'utilisation de la substance

temps considérable passé à faire le nécessaire pour se procurer l'alcool, la consommer ou récupérer de ses effets.

» La modélisation chez l'animal

De nombreuses méthodes ont été développées pour tenter de modéliser la maladie chez l'animal. Parmi elles, l'inhalation de vapeurs d'alcool procure certains avantages comparativement à d'autres procédures d'exposition chronique à l'alcool qui ont la même finalité de produire une alcoolodépendance chez l'animal, en général ches les rongeurs (rats ou souris). Les rongeurs présentent certaines particularités dont il faut tenir compte dans le développement de modèle d'alcoolodépendance. Ils ont tendance à consommer en situation de libre choix (accès à de l'eau et à de l'alcool) de très faibles quantités d'alcool (quelques grammes d'alcool pur par kilo de poids et par jour) en partie à cause d'une aversion liée au goût et à l'odeur des boissons alcoolisées. Ils présentent également une capacité métabolique bien supérieure à l'Homme (~4x plus importante) et un rongeur doit consommer au moins 7g d'alcool pur par kilo de poids et par jour, pour considérer qu'il consomme une quantité suffisante d'alcool ce qui n'est jamais atteint chez des animaux qui n'ont pas été sélectionnés génétiquement pour leur alcoolopréférence.

L'intoxication chronique par des vapeurs d'alcool permet à l'expérimentateur de contrôler la dose, la durée et le profil de l'exposition à l'alcool. Cette procédure rend facile l'analyse des aspects somatiques et motivationnels de la dépendance à l'alcool. C'est la méthode la plus rapide pour induire une dépendance robuste. Quelques semaines suffisent pour induire une alcoolodépendance caractérisée par une augmentation très importante et durable de la consommation d'alcool en situation de libre choix, une augmentation du comportement de type anxieux, un syndrome de sevrage à l'arrêt de l'exposition et des déficits dans la sensation des effets récompensants de l'alcool.


» Nous avons mis en place ce modèle au laboratoire, c'est un modèle unique en France...

Ce modèle très utilisé aux Etats-Unis à l'heure actuelle avait initialement été développé en France par M Bernard Le Bourhis dans les années 70. ([Alcohol intoxication via the lung in rats] Le Bourhis B. C R Seances Soc Biol Fil. 1975;169(4):898-904. Dans ce modèle les rats sont placés dans des enceintes dans lesquelles est vaporisé de l'alcool de telle manière à obtenir progressivement des alcoolémies comprises entre 2 à 3g/l (Naassila et al, 2000). De façon à se rapprocher au maximum de la clinique le concept d'exposition intermittente à l'alcool observé chez les patients alcooliques a été transcrite dans ce modèle. Les rats sont donc soumis à des vapeurs d'alcool quotidiennement pendant 14h/jour et il a été décrit que c'est l'exposition chronique intermittente qui induit un plus fort niveau de dépendance comparativement à une exposition chronique continue. Les sevrages répétés auraient donc un rôle important dans l'installation et la sévérité de la dépendance. Dans notre modèle, nous apprécions la motivation des rats dépendants à consommer de l'alcool dans le test d'auto-administration opérante d'alcool. Dans ce test, les animaux doivent appuyer sur un levier pour avoir accès à une solution d'alcool à 10% pendant des sessions de 30 minutes. Un deuxième levier, dit inactif, n'entraîne quant à lui aucune réponse. La motivation à consommer de l'alcool des animaux dépendants est telle qu'ils atteignent des niveaux d'alcoolémie signant une intoxication à l'alcool. Un rat témoin, non alcoolodépendant appuie en moyenne une 30aine de fois sur le levier délivrant de l'alcool alors qu'un rat alcoolodépendant appuie 3 à 6x plus. Nous pouvons dans ce modèle, tester l'efficacité de traitements pharmacologiques (par voie sytémique ou intracérébrale) à réduire la consommation excessive des rats alcoolodépendants. De manière intéressante nous pouvons aussi tester leur efficacité sur la rechute qui est induite par une ré-exposition à l'alcool, à l'exposition à un stress ou bien encore à un stimulus coditionnel (lumière) qui a été associé avec la délivrance d'alcool. Cette rechute est réalisée après une phase d'extinction du comportement d'appui sur le levier lorsque l'appui sur ce levier ne déclenche plus la délivrance d'alcool.



Chambres d'inhalation d'un volume de 550 litres. Un mélange air sec / air humide / alcool pur est réalisé pour déterminer précisément la concentration d'alcool dans l'air des enceintes et maintenir également une hygrométrie constante. Ce système à été réalisé par M Ludovic Didier. Les enceintes d'inhalation ont été généreusement offerte par le centre de recherche Pernod Ricard (Dr Françoise Beaugé).


C


Nous disposons maintenant de cages d'inhalation pouvant héberger chacune 3 rats, ce qui nous permet de réaliser différents types d'exposition en même temps (dose, durée, profil d'exposition). Ce système a aussi été réalisé par M Ludovic Didier.


Photo montrant l'intérieur d'une cage d'auto-administration d'alcool (Panlab, BIOSEB) avec en bas et au centre une ouverture dans laquelle se trouve un réservoir dans lequel plonge un bras articulé délivrant l'alcool à chaque appui sur le levier renforçant (l'autre levier ne déclenchant aucune réponse).



Nous disposons de 8 cages d'auto-administration situées dans des caissons d'isolation phonique.




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